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Publié : 20 avril 2008
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Les blockhaus de TREOGAT

La défense du littoral organisée par les troupes allemandes, lors de la dernière guerrre mondiale, a entraîné la construction de divers ouvrages dont les fameux "soldats de Rommel", dispersés sur les plages, mais aussi des blockhaus construits dans l’arrière pays. Si les "soldats de Rommel" s’enfoncent inexorablement dans le sable pour ne laisser apparaître à marée basse (et encore pas toujours) que leurs pointes, il reste, par contre, de nombreux vestiges des blockhaus. On en trouve à Tréogat.

C’est en novembre 1943 que l’officier commandant la petite troupe cantonnée à Tréogat débarqua sans crier gare dans une petite maison située sur les hauteurs de la commune à 800 m de la mer. Maison réquisitionnée, mobilier sorti manu militari et entassé dans la cour, ses occupants n’eurent que le recours de faire appel aux voisins. La solidarité n’étant pas un vain mot à cette époque, une grand mère vivant dans sa maison de réservation*, proposa de partager son penty composé en tout et pour tout de deux pièces. La cohabitation dura jusqu’à un certain 6 juin 1944.

L’adjudant et ses hommes s’installèrent dans la maison. Ils commencèrent très vite à construire, ou plutôt faire bâtir par des "réquisitionnés", qu’ils rétribuaient, des casemates reliées entre elles par une tranchée couverte, pour entasser réserves et munitions (et servir d’abri en cas de besoin) et un Tobrouk, sorte de parallépipède de béton enterré d’où seuls émergeaient le servant et son arme, vraisemblablement une mitrailleuse. Ce site situé au sommet d’une petite colline permet d’embrasser toute la baie d’Audierne de la Pointe du Raz à la pointe de Penmach. Dans le même temps quatre gros blockhaus furent construits deux kilomètres en arrière de la côte au lieu dit Keryéré. Abrités par la végétation ils étaient parfaitement camouflés. Une fois tout installé, il était facile depuis Menez Huella de donner les ordres par radio aux servants des canons installés à Keryéré et tout navire allié qui s’aventurait dans les parages se trouvait alors en mauvaise posture.

Pour l’édification de ces divers ouvrages en béton il fut utilisé un matériau qu’on trouvait alors en abondance sur place : les galets. Un petit train faisait la navette directement sur la dune (haute à l’époque de 12 mètres environ) transportant cette matière première jusqu’à une usine de concassage érigée sur la commune voisine de Tréguennec. Ce bâtiment, toujours debout, est actuellement à l’origine d’une polémique : doit-on le conserver pour le souvenir de cette triste époque ou, au contraire, faut-il à tout prix détruire ce qu’il faut bien appeler une horreur architecturale.

Les blockhaus de Keryéré, bien que recouverts de lierre, sont toujours parfaitement visibles de la route de la mer. Ils sont en bon état et risquent de durer encore longtemps contrairement à ceux situés directement sur le rivage et qui finissent par être littéralement rongés par l’élément liquide, quand ils ne finissent pas engloutis en raison de la progression, importante dans cette région, de la mer sur la terre.

* La maison de réservation était construite en prévision de la retraite des exploitants d’une ferme lorsque venu l’âge de se retirer de la vie active ils laissaient bâtiments et terres à leurs héritiers. Cette dame eut d’ailleurs le malheur, peu de temps après le départ de l’occupant, de perdre son gendre qui, malgré le terrain miné, avait voulu moissonner un champ. Elle dut délaisser son penty, reprendre l’éducation de ses trois petits enfants adolescents et diriger le travail de la ferme que sa fille, traumatisée par le drame, n’était plus capable d’assumer.