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Publié : 27 janvier 2011
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LA VACHE : punition et humiliation pour les écoliers

Pourquoi un quelconque objet, un simple morceau de bois souvent, utilisé en pendentif au cou d’un écolier et ayant pour finalité de symboliser une grosse faute, a-t-il pu être surnommé « la vache » ? Tout simplement parce que celui qui était invité à le porter devait se sentir humilié, rabaissé et que la vache qui a, chez les bretonnants, la réputation d’être de moindre intelligence, remplaçait judicieusement le bonnet d’âne utilisé en d’autres lieux.

Et en quelle grave circonstance méritait-on de porter l’objet ainsi nommé ? Quelle était la plus grosse faute que pouvait commettre un petit écolier breton ? C’était de parler breton. Eh oui. C’était interdit. Dans la vie courante on parlait breton, à l’église on parlait breton, beaucoup d’adultes ne connaissaient que le breton, mais en classe ce langage était strictement prohibé. Pourquoi ? Parce que en haut lieu, comme on dit, on en avait décidé ainsi. Ce n’était pas nouveau puisque les premières tentatives de francisation en Bretagne et partout où se pratiquait une autre langue, un patois, datent de la Révolution. Mais tout au long du XIXe siècle les incitations pour imposer une seule langue dans tout l’hexagone restèrent lettre morte. Puis il y eut Jules Ferry. Avec l’école gratuite et obligatoire en 1882 on crut que le problème se résoudrait de lui-même. Que nenni. En 1925 Anatole de Monzie, ministre de l’instruction, prit sérieusement le problème en mains et décréta que « Pour l’unité linguistique de la France, il faut que la langue bretonne disparaisse ». Rien que cela. Alors, les maîtres furent invités à employer des métholes plus radicales et c’est ainsi que dans notre région fut inventée « la vache ». Dans les écoles privées la règle était moins sévère : les cours se déroulaient obligatoirement en français mais le cathéchisme était fait en breton et au moment de la récréation chacun employait la langue qu’il voulait.

Le système de la vache était simple. Au début de la journée, le premier écolier surpris à parler breton dans la cour se voyait attribué l’objet. A lui, ensuite, de s’en débarrasser en le refilant à celui de ses camarades qu’il entendait utiliser la langue de ses ancêtres et ainsi de suite jusqu’à la fin de la journée. Et c’est le dernier porteur qui écopait de la punition laissée au choix de l’instituteur. Génial non ! Et pour ne rien gâcher, celui qui endossait au final la faute somme toute collective se voyait sévèrement réprimandé chez lui. C’est ce qu’on appelle la double peine.

Il y eut bien çà et là quelques révoltes linguistiques mais elles furent vite réprimées. Et maintenant, si on peut librement apprendre et s’exprimer en breton, les anciens, ceux nés avant guerre, qui n’avaient que cette langue pour communiquer avec leurs parents, ont bien du mal à comprendre le parler des plus jeunes, ceux qui n’ont appris qu’à l’école.