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Publié : 16 août 2011
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La coiffe bigouden

En 1993 fut organisée une fête des bigoudens (*) dans le but de rassembler un maximum d’entre celles des quelque 700 dénombrées à l’époque portant toujours le costume traditionnel mais aussi la plus célèbre des coiffes bretonnes.

C’est au cours du XIe siècle qu’on a vu apparaître la coiffe bretonne qui a fait l’objet, depuis, de constantes recherches dans le raffinement et le souci du détail. Au XVe siècle on voit se constituer différents types de coiffes, blanches pour la plupart ( à l’Ile de Sein, les femmes en perpétuel deuil la portent noire) et sont la marque de l’ « ethnie » c’est à dire la reconnaissance de l’appartenance à un doyenné (réunion de plusieurs paroisses).

C’est à la fin du XVIIIe siècle que la coiffe souvent jugée disgracieuse de Pont l’Abbé (anciennement doyenné de Cap Caval) semble se dessiner. Elle sera appelée bigouden du nom breton de la pointe qui la surmonte à l’époque. Tout d’abord pratiquement plate et encore très basse au début du XIXe siècle elle finira par atteindre 35 et même 40cm à la fin du XXe. Pourquoi cette évolution rapide ? Aucune explication rationnelle n’est apparue mais une légende veut que ce soit en réaction à l’arbitraire de Louis XIV qui, en 1675, réprima fort brutalement la révolte, appelée la révolte du papier timbré, qui embrasa toute la Bretagne après l’instauration d’impôts nouveaux. Le dernier bastion qui refusa de rendre les armes fut le pays Bigouden en représailles de quoi le Roi Soleil fit raser quelques clochers (comme celui de la chapelle de Languivoa à Plonéour Lanvern). C’est en souvenir de cette rébellion et de ses conséquences que les femmes auraient fait prendre de la hauteur à leurs coiffes symbolisant ainsi les clochers abattus. Mais une explication bien plus simple est avancée : l’orgueil, le fameux orgueil bigouden (bien décrit par Pierre Jakez Helias dans son « Cheval d’orgueil ») qui, en même temps qu’il faisait augmenter la hauteur des coiffes, exigeait aussi qu’on ajoutât un étage à sa maison.

Toutes les petites filles, vers 5-6 ans au début du XXe siècle, 8-10 ensuite, abandonnaient le bonnet de leur enfance pour porter la coiffe qui ne les quitteraient plus. Et ce jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Quel calvaire pour ces bigoudens « en tenue » qui montaient en voiture : pas d’autre alternative que de faire tout le trajet la tête penchée sur le côté. Quand il s’agissait de faire un long parcours, "elles restaient sur leur loutenn" (velours) et n’installaient la coiffe qu’au terme du voyage. Et quelle patience pour s’en équiper ! C’est tout un art et la liste des éléments qui la composent est conséquente : un koeff bléo (bonnet), un peigne courbe servant de base, un daledenn (bande de tissu située à l’ arrière de l’ « édifice ») pour masquer les cheveux, la koeff (coiffe), qui sera auparavant amidonnée et passée entre les mains expertes de la repasseuse, les deux lasenn (longs rubans appelés lacets), sans oublier les épingles en bon nombre (dont certaines à tête nacrée) pour tenir arrimé le tout. Le bonnet est toujours en velours noir mais il peut être brodé, enjolivé de paillettes. Jusqu’en 1960 les lacets étaient en percale à dents et les coiffes en mousseline ou en tulle mais depuis on n’utilise que l’organdi. Les broderies plus ou moins raffinées qui les ornent ont des significations bien précises. Il y a la coiffe ordinaire comportant de simples ornements et la coiffe de cérémonie et ses lacets richement et diversement travaillés. Pour le deuil on affiche une grande sobriété, les lacets restent unis, les discrètes broderies de la coiffe représentent des motifs particuliers, toujours disposés de la même manière. Et jusque dans les années 20-30 les koeff lienn melenn (coiffes de deuil) n’étaient pas blanches mais en toile jaune orangé. Les toutes jeunes filles qui avaient perdu un proche pouvaient à l’occasion d’une cérémonie (jamais pour les obsèques) faire broder de noir leurs lacets.

L’opération de la pose, délicate, se déroule de la façon suivante : le koeff bléo noué sous le menton laisse déborder des crans sur le front et de chaque côté du visage ; il est recouvert à l’arrière par les cheveux lissés, remontés jusqu’au sommet du crâne et retenus par un ar veloutenn (ruban de velours) qui ceint le peigne ; sur celui-ci on fixe le dalédenn puis la koeff elle-même avec les épingles ; puis les lasennou maintenant le tout viennent se nouer sous le menton en laissant bouffer un lagadenn (gros noeud) sur le côté.

Bientôt on ne pourra plus du tout voir de coiffes sur la tête des bigoudens sauf à assister à un spectacle d’un groupe folklorique. Mais si vous vous promenez à Pont l’Abbé ou du côté des ports, avec un peu de chance, vous pourrez rencontrer l’une de celles qui sont encore parmi nous. Pour combien de temps ?

(*) Il faut prononcer ce mot soit bigoudin soit bigoudène selon le genre.