Vous êtes ici : Accueil du site > La vie au pays > 551.Activités rurales au 20 ème siècle > Per Gall ébéniste
Publié : 5 juillet 2014
Format PDF Enregistrer au format PDF

Per Gall ébéniste

Il faut remonter à 1846 pour trouver, au cap Sizun, Per Gall, le premier à porter ce nom et qui créa cette dynastie de travailleurs du bois, à la fois menuisiers, ébénistes et sculpteurs. C’est son petit fils, Per Gall III, en somme, qui, marié à une bigoudène, s’installa à Landudec.

L’atelier est maintenant fermé. Plus assez de clients. C’était Per Gall VII qui, en dernier se trouvait aux commandes toujours aidé de Per Gall VI qui, malgré son âge avancé, continuait d’arpenter l’atelier se réservant la tâche de choisir et dessiner les motifs à sculpter.

Comment se sont transmises les ficelles de cet art au fil de toutes ces générations ? Sur le tas tout simplement. Très jeunes les enfants traînaient dans l’atelier, marchaient sur les copeaux de bois, s’imprégnaient de leur odeur, tentant de copier les adultes en empruntant leurs outils et mimant leurs gestes. Point n’était besoin de suivre un enseignement dans une école aussi prestigieuse soit-elle, toutes les étapes de la fabrication d’un meuble se déroulaient sous leurs yeux. Il leur suffisait d’imiter leurs aînés.

L’entreprise travaillait primitivement dans trois domaines : la charpente, la menuiserie et l’ébénisterie. C’est vers 1950 qu’il fut décidé de ne garder que cette dernière application du travail du bois.

La fabrication se faisait à la demande et toujours en bois massif : chêne surtout, mais aussi châtaignier et merisier. Longtemps l’entreprise a vécu sur ses stocks. Une scierie avait même été installée qui fonctionna jusqu’en 1970. Puis la réserve devenue moindre, des planches étaient livrées depuis une scierie de Rennes approvisionnée depuis les forêts de Sarthe et de Mayenne. Il faut savoir que le chêne pousse mal dans notre région et le châtaignier breton a le mauvais goût de souvent se vriller et se fendre.

Scies et raboteuses sur toupie étaient utilisées pour façonner les différentes parties du meuble. Celles-ci étaient ensuite assemblées par tenons et mortaises maintenus par des chevilles de bois. Les clous étaient interdits de cité et les vis tolérées uniquement pour fixer les charnières, les serrures et leurs plaques d’entrée. Ciseaux et gouges étaient réservées à la sculpture.

Tous les styles pouvaient être reproduits et chaque réalisation portait la signature PerGall.

Les meubles bretons

La reproduction de meubles bretons mais surtout bigoudens représentait la majorité des commandes : armoires, façades de lit clos, bonbonnières, etc. C’est sur eux que travaillaient les sculpteurs qui cisèlaient les motifs typiques de la région chacun ayant une signification symbolique.

- la plume de paon, c’est l’orgueil
- la fougère, l’abondance
- le cœur, l’amour
- la chaîne de vie, la confiance en Dieu
- la corne de bélier, la force
- le soleil, la joie
- les dents de scie, le travail
- les planètes, la chance
- l’arête de poisson rappelle qu’on se trouve dans un pays maritime

Le décor fétiche c’est l’oiseau mais il y a aussi d’autres motifs : les glands, marguerites, feuillages divers, grappes de raisin, les fuseaux et le « bouquet bigouden » à trois branches et sa variante signée Per Gall : trois branches montantes, dont une de chardon, deux branches descendantes et le vase est un cœur inversé.

Mais souvent le décor est plus sobre et un modèle de ce travail trônait dans le hall d’exposition : il s’agissait de la reproduction exacte de l’armoire de mariage, datant des années 1870, de la grand-mère de Pierre Jakez Helias, le célèbre conteur bigouden (voir une courte biographie sur decouvrir.othpb.com ), commande de Claude Chabrol et utilisée lors du tournage du film « Le cheval d’orgueil ». Sur la face intérieure d’une des portes figurent, côte à côte, la griffe de Per Gall et la signature du célèbre cinéaste.

Restauration

On trouve encore quelquefois, abandonnés dans un hangar, un vieux lit clos, une armoire toute délabrée. On pouvait les confier à Per Gall qui leur faisait retrouver leur lustre d’antan. Il ajoutait tous les clous de laiton manquants. Ces fameux clous d’ornement furent créés dans les années 1850 avec l’apparition du laiton sur le marché breton. Jusque là cet alliage n’avait pas réussi à parvenir jusque dans cette région reculée. Il remplaça aussi avantageusement le fer pour les charnières. Consciencieusement astiqués les fameux clous étaient sensés montrer combien étaient riches ceux qui pouvaient se permettre d’utiliser ces enjolivures sur leurs meubles.

Les autres styles

Un simple photographie, quelques mesures et vous pouviez faire reproduire n’importe quel meuble dans n’importe quel style du moment qu’il s’agissait d’utiliser du bois massif. Monté, démonté, remonté, il ne se déformait jamais.

De la belle ouvrage.

Le jury du grand prix du concours régional des meilleurs ouvriers de France ne s’y était pas trompé qui a reconnu la valeur du travail de Per Gall VI en lui attribuant en 1951 le grand prix régional du concours des meilleurs ouvriers de France dans la catégorie ébénisterie /sculpture. Son chef-d’œuvre, un tableau sculpté dans la masse, fut exposé à Paris.

Jusqu’en 1980 l’atelier employait une vingtaine de personnes pour satisfaire toutes les demandes. Malheureusement, depuis quelques décennies, le marché européen met à la portée de toutes les bourses l’achat d’un meuble de bonne facture même si la partie dite « bois massif » se limite à la façade. La demande était donc moins forte mais il restait tout de même à satisfaire tous ceux pour qui un meuble doit rester une oeuvre d’art. Malheureusement les clients se sont raréfiés, Per Gall dut mettre la clé sous la porte.

Photos

Chambre sculptée : reproduction d’un modèle très précisément daté de 1680 mais dont l’origine exacte n’est pas connue

Il y avait encore de nombreux ateliers d’ébénisterie dans la région dans les années 1970, au moins un par canton. Per Gall était le dernier à perpétuer cet art dans le sud finistère. On constate à regret un manque de volonté de la part des pouvoirs publics pour que perdure cette tradition. C’est pourtant une question de sauvegarde du patrimoine qui est en jeu.