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Publié : 2 mars 2009
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Les batailles navales de la baie d’Audierne d’août 1944.

Après le débarquement allié sur les plages de Normandie se formèrent sur les côtes bretonnes (et ailleurs) des poches de résistance organisées par les occupants et que les allemands qui n’avaient pas quitté la région tentaient de rejoindre. La plus importante était Lorient qui réussit à se maintenir longtemps et ne devait capituler qu’après la mort d’Hitler. Mais fallait-il encore pouvoir y parvenir .

A Brest, cernée par les troupes américaines, les marins de la 7e flotille de patrouilleurs , après avoir sabordé la plus grosse partie des bâtiments de la Kriegsmarine, tentent de sauver tout ce qui peut l’être encore, hommes ou matériels de valeur, en essayant de forcer le blocus. Les allemands, peu ou mal informés ou tout simplement tentant le tout pour le tout, vont organiser deux sorties. Mal leur en prit.

Le 12 août c’est trois patrouilleurs qui ont pour mission de rejoindre Lorient. C’est vraisemblablement pour se dissimuler autant que possible qu’ils décidèrent de naviguer au plus près de la côte. Ils doivent donc longer la baie d’Audierne. Mais, dans la nuit du 11 au 12 août, cinq destroyers alliés croisant dans les parages avertis d’un mouvement en cours, convergèrent vers la baie et coupèrent ainsi la route aux trois bâtiments allemands qui se trouvèrent piégés. L’un d ‘eux, bien qu’endommagé, réussit tout de même à faire demi tour après avoir abandonné une partie de son équipage à Plozévet, le second, en rasant littéralement la côte, réussit à doubler la pointe de Penmarch mais le troisième touché par un obus et en feu vint s’échouer du côté de Tréguennec. Des morts bien entendu et parmi les rescapés beaucoup furent faits prisonniers. Un commando allemand venu de Brest tentera bien de récupérer ceux qui avaient été débarqués à Plozevet mais en vain.

Au cours de la nuit du 22 au 23 août ce sont 7 autres patrouilleurs qui vont tenter de la même façon, en deux convois, de nuit également, de rejoindre Lorient mais un croiseur et deux destroyers alliés les bloquent dans la baie. Face à d’authentiques bateaux de guerre, ce qui n’était là encore que des chalutiers armés ne firent pas le poids. Une véritable bataille navale s’engagea dont l’issue était prévisible car les forces en présence étaient inégales. Les canons installés sur les chalutiers n’avaient qu’une faible portée et leurs tirs n’ont jamais pu atteindre leur but. Mais les allemands n’avaient guère le choix : ou se défendre désespérément ou se rendre aux FFI qui les attendaient de pied ferme sur les plages. Les 7 embarcations seront détruites. Il y aura des tués et des noyés mais beaucoup auront la vie sauve qui pour la plupart seront fait prisonniers.

Ces batailles navales resteront gravées dans toutes les mémoires des bigoudens des villages côtiers, et ils furent nombreux, spectateurs mais aussi victimes ; quelques obus dépassèrent leurs objectifs pour venir s’écraser sur la terre ferme en faisant quelques blessés. Et les jeunes de l’époque qui vivent encore maintenant nous les racontent très bien.

Ce qu’ils ont vu c’est surtout « le jour en pleine nuit » tant était vive la lumière produite par les obus éclairants et le feu qui embrasait les navires. Ce qu’ils ont entendu : les tirs bien sûr, le bruit des impacts mais aussi les cris des blessés allemands. Et ils ont cru un moment qu’il s’agissait d’une nouvelle phase de débarquement qui aurait complété celui de Normandie.

De Tréogat c’est essentiellement à la première bataille qui s’est déroulée juste en face d’eux que les habitants ont pu assister. D’ailleurs c’est au cours de celle-ci qu’un obus, tiré selon toute vraisemblance par les alliés, devait trouer le mur d’une maison de Pencleuz et atterrir sans éclater dans le berceau d’un nouveau né … qui venait d’en être retiré, toute la famille ayant préféré aller se réfugier un peu plus loin après avoir jugé qu’il était vraiment trop dangereux de rester si près de la zone de tirs.

D’autres obus sont tombés çà et là mais sans faire de dégâts majeurs. Tout le monde s’était précipité vers les tranchées que le maire avait eu ordre de faire creuser un peu partout dans les lieux-dits proches de la côte pour prévenir les accidents en cas d’un éventuel débarquement allié. Les casemates désertées par les occupants constituaient aussi de bons abris.

A Keramoine tout le monde restait terré dans les bâtiments mais alors que les adultes évoquaient un éventuel débarquement il fallut retenir deux des jeunes gens présents qui, dans cette perspective, voulaient à toutes fins aller aux devant des alliés pour les prévenir que le terrain était miné. Rendus à la raison momentanément et après avoir compris ce qu’il se passait réellement, ils ne purent s’empêcher tout de même au matin d’aller voir su place ce qu’il résultait de cette bataille et d’en revenir tout fiers porteurs d’un drapeau ... allemand. Panique chez les adultes qui se souvenaient que des représailles avaient été menées pour bien moins que cela ; le drapeau fut enterré vite fait.

A Pouldreuzic les habitants de Penhors, situé directement en bordure de mer, se sont retrouvés aux premières loges. Toutes les embarcations allemandes mises hors de combat, les tirs ayant cessé, beaucoup d’entre eux étaient venus jusque sur la plage. Ils virent les marins allemands nageant vers la côte ou tentant de s’extraire des bateaux échoués et en feu pour la plupart et qui se trouvaient à quelques encablures de là. Blessés, épuisés, ceux qui arrivaient sur la plage de galets s’effondraient là quelquefois pour y mourir. Quelqu’un s’arma de son fusil prêt à se défendre mais les allemands qui n’avaient sauvé que leur vie n’étaient vraiment plus dangereux. La décision fut prise de les rassembler et de les emmener en charrettes jusqu’au bourg pour les remettre aux FFI. Les morts furent délestés des objets les plus précieux qu’ils pouvaient avoir sur eux, les bottes en particulier. Et on arriva même à monter à bord des embarcations avant qu’elles ne disparaissent pour y prendre tout ce qui pouvait être récupérable. L’une était facile à atteindre puisque restée en équilibre sur les rochers. Un pillage en règle bien compréhensible après toutes ces années de privations mais tout à fait digne des « écumeurs de la mer » comme on appelait le peuple de cette côte bretonne depuis longtemps.

A Plozevet c’est l’église qui faillit faire les frais de cette bataille. Située à moins de deux kilomètres de la côte elle fut atteinte par un obus entré au dessus de la porte. Heureusement il ne devait pas exploser.

Peu de temps après, le 20 septembre, la réddition des allemands cantonnés à Lézongar en Plozevet mit un terme à la présence allemande dans le pays bigouden.