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Publié : 2 mars 2009
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Le mariage traditionnel

Que l’on fût riche ou pauvre, le mariage traditionnel était un événement important. Jusque dans la première partie du XXe siècle il imposait de respecter des rites et un certain cérémonial qui disparurent progressivement après la seconde guerre mondiale.

Pour que deux jeunes gens se rencontrent deux moyens : l’intervention d’un entremetteur ou le fait du hasard (qui fait souvent bien les choses) lors de la réfection des cours de ferme. Les tailleurs qui se louaient de ferme en ferme étaient les plus à même de connaître les éventuels filles et fils à marier et connaissaient le rang social de chacun. Très important le rang social. Ils pouvaient donc mettre en relation des familles à la recherche d’un parti. Quant à l’autre méthode c’était bien plus simple : lorsqu’un fermier devait refaire la cour de sa ferme, il y apportait une bonne couche de glaise et invitait tous les jeunes des alentours et quelques musiciens. Et tout ce jeune monde dansait au son du biniou et de la bombarde ce qui avait pour résultat un parfait tassement de la glaise et une cour bien plate mais permettait aussi aux jeunes gens de nouer des relations.

Quand l’idée du mariage se faisait jour une autre démarche bien particulière se déroulait. Un émissaire du jeune homme devait se présenter au domicile des parents de la jeune fille muni d’un panier noir (paner du) contenant les éléments d’une collation. Il se dit que l’importance et la qualité du contenu du panier influait sur la décision du père de la jeune fille. Mais à ce stade, tout devait déjà être décidé, cette visite ne constituant qu’un simple rituel.

Lorsqu’enfin le mariage était décidé il fallait organiser les noces. Tout d’abord, les mères des deux fiancés devaient, accompagnées d’une parente, visiter la famille pour procéder aux invitations. Cela pouvait durer de huit à quinze jours. Les fiancés rendaient également visite aux proches mais il s’agissait là de se présenter l’un l’autre. Pour les amis, les connaissances, c’est-à-dire pratiquement toute la paroisse et même au delà, point d’invitation cela allant de soi puisque chacun devait payer son écot (soit en argent soit en nature). Chez les plus pauvres, c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas de vêtements décents et la bourse bien plate, on essayait tout de même d’être représenté à chaque mariage de la paroisse en envoyant, de préférence, un jeune homme ou une jeune fille ou même un adolescent (il paierait moins cher). C’est aussi peut être par souci d’économie que l’on voyait souvent célébrer deux mariages ensemble (ceux de deux frères par exemple ou même le remariage d’un des parents veuf et celui de l’un de ses enfants).

Le jour des épousailles se déroulait traditionnellement le mardi. Les invités disaient aller au fricot (en fait le terme fricot désignait le mariage) mais cela signifiait aller manger copieusement et se régaler ce qui contrastait sérieusement avec les repas quotidiens quelque peu monotones et rarement goûteux. La fête se déroulait quelque fois dans une auberge mais le plus souvent à la ferme d’une part parce qu’on y pouvait réunir plus de monde et d’autre part parce que le repas était élaboré presque exclusivement à partir d’ingrédients produits sur place.

On improvisait des tables à l’aide de tréteaux qu’on installait dans la cour ou dans la grange. Quand il y avait trop de monde certains prenaient leur repas sur l’herbe les jambes pendant dans des tranchées creusées à cet effet. Les festivités duraient plusieurs jours. Les repas se composaient de soupe, de pâté de tête, d’andouille à la purée, de tripes, de ragoût, de riz au four, de far, de gâteau breton (voir la recette sur ce même site du gâteau breton) ; on buvait du cidre et le café était servi avec du lambig (alcool de cidre). Au soir du deuxième jour avait lieu la cérémonie de la soupe au lait ; ce sont les jeunes qui en étaient chargés. Au lait ils ajoutaient toutes sortes d’ingrédients au gré de leur imagination mais il y avait toujours un chapelet de gousses d’ail ; cette soupe avait évidemment une valeur symbolique le lait représentant les douceurs de la vie de couple tandis que l’ail figurait les scènes de ménage, les malentendus, en somme les malheurs de la vie. Et c’est seulement à la fin de ce second jour, après cette épreuve, que les nouveaux mariés pouvaient enfin se retirer. Le troisième jour seuls la famille et les jeunes étaient invités. Et ce sont les jeunes encore qui venaient les jours suivants finir les restes.

Après ces agapes il fallait bien revenir à des habitudes culinaires plus frugales c’est-à-dire, le plus souvent, à de la bouillie d’avoine ou aux galettes.

Mais il existait parfois des mariages d’exception, vous pouvez en découvrir un, en cliquant sur sur lien : Un mariage extraordinaire à Tréogat.