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Publié : 28 septembre 2010
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LE CORDON DE GALETS DE PLOVAN A TREGUENNEC

Haut de plusieurs mètres encore au début du siècle, s’étendant sur une douzaine de kilomètres, protégeant très efficacement les terres des assauts de l’océan, le cordon , ou ero vili, n’est plus que l’ombre de lui-même : une mince couverture de galets qui s’étale au haut de la plage et que le sable recouvre de plus en plus. Mais quelle est la raison de sa quasi disparition ?

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Cà a commencé par des extractions, en quantités modérées, de petits galets et de sable pour la fabrication du béton et des parpaings à usage local qu’on transportait par charrettes tirées par des chevaux. Puis une petite entreprise fut créée qui exploita ce filon ; on installa un treuil tirant des wagonnets à qui on faisait franchir le cordon pour ramener les plus gros galets qu’on trouvait plus facilement côté mer. Ensuite, ce fut l’armée allemande qui trouva là un matériau idéal pour la construction des ouvrages de guerre (blockhaus, soldats de Rommel mais aussi la base sous marine de Lorient). Des protestations s’élevèrent du côté de la population qui redoutait la disparition de la dune protectrice ce qui entraînerait immanquablement l’inondation de la zone de palud située naturellement en dessous du niveau de la mer. Mais les responsables allemands rejetèrent les protestations assurant qu’une étude avait été faite qui balayait les craintes ainsi avancées ; ils pensaient en effet, que les galets provenaient d’un gisement important situé en mer et les marées successives étaient sensées en ramener suffisamment pour que les prélèvements effectués soient neutralises par ce nouvel apport. Ce en quoi ils avaient tout à fait tort, on sait maintenant que le cordon était la partie immergée d’un gisement fossile qui donc ne sera pas renouvelé. Enfin, plus tard la construction et la restauration des routes et des digues et, surtout, l’extension des ports du Guilvinec et de Saint Guénolé par comblement de larges surfaces prises sur la mer, en engloutirent une très grosse quantité qui signèrent sa quasi disparition.

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Dans les années 60, il fut décidé de stopper cette exploitation qui dégradait dangereusement le rivage et maintenant il est même interdit de repartir de la plage avec quelques galets dans ses poches. Cette mesurette fait bien sourire les anciens.

Et cet anéantissement de l’ero vili vient renforcer un phénomène que l’on observe depuis des décennies : l’océan gagne du terrain en repoussant ce qui reste de galets, envahissant petit à petit la zone de palud, à l’instar des craintes des habitants des lieux durant la guerre. Le petit pont que l’on trouve au bout de la route sera bientôt englouti. Plusieurs repères nous permettent de constater la rapide progression de la mer sur la terre : à l’aplomb de l’étang de Kergalan on voit apparaître, à marée basse, à une trentaine de mètres du cordon, les vestiges du premier aqueduc (voir, sur ce même site « Histoires d‘aqueducs" ), en l’occurrence quelques morceaux de bois fichés dans le sol ; la route goudronnée, venant du bourg, qui date d’une cinquantaine d’années, était stoppée par ce cordon, maintenant on voit curieusement une portion de route en haut de la plage que l’océan grignote méthodiquement au fil des années ; un panneau, planté à l’origine à une vingtaine de mètres côté terre, se trouve maintenant lui aussi côté plage ; vers Tréguennec émerge de l’eau un blokhaus de la dernière guerre tout de guingois, enfoncé dans le sable et qui avait été construit sur le palud.

Il a été calculé qu’entre 1820 et 1920 le recul aura été de l mètre par an mais ce phénomène inquiétant s’est accentué très sensiblement ces dernières années. Combien de temps faudra-t-il à la mer pour envahir complètement cette zone ?