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Publié : 18 juin 2008
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LA FONDATION DES PAROISSES PRIMITIVES (V°-X°s.)

La fondation des paroisses bretonnes s’inscrit dans cette longue crise des III°-VII°s. de notre ère qui vit la disparition de l’Empire Romain, la mise en place de peuples en migration et la gestation d’une civilisation nouvelle que d’aucuns qualifieront d’Antiquité tardive et d’autres de naissance de l’Occident chrétien...

I. LA CHRISTIANISATION DE LA CORNOUAILLE

Au tournant du V°s. le S.W. armoricain ressort de la cité des Osismes. La pénétration du christianisme y était pour le moins embryonnaire. Il semble bien que la découverte d’une inscription "SABINE VIVAS" (in Deo) sur une bague du IV°s. à Vorgium (Carhaix) et la gravure d’un chrisme grossier sur un tesson de Locmaria ne suffise pas pour affirmer la présence d’une pénétration chrétienne en Armorique. Ce sont plutôt les Bretons transmarins qui ont acculturé le christianisme lors de ce long mouvement migratoire qui court du IV° au VII°s. La "VITA" de St Corentin fait de cet anachorète de Plomodiern le premier évêque de Quimper à - l’instigation du roi Gradlon mais ce texte est postérieur aux événements (vers 1235). D’autre part, lorsque Wrdisten rédigea vers 880 la "VITA" de St Guenole il prit bien soin de spécifier "qu’avant ces 3 grands hommes (Gradlon, Corentin et Guenole) déjà avait paru St Tugdual, moine illustre par ses mérites et digne de servir de modèle à tous"... Il est probable qu’un abbé-évêque à la celtique ait exercé à Locmaria avant que Gradlon-Ploneour , contemporain de Charlemagne, n’ait érigé Quimper en évêché territorial au bénéfice de Corentin. C’est un peu plus tardivement , en 818, que l’empereur Louis le Pieux imposa à Matmonoc, abbé de Landévennec, l’abandon de la règle des "Scots" pour vivre "suivant la règle du saint père Benoît" afin qu’il soit " dans l’unité chrétienne". Il apparaît donc
- 1. que l’évangélisation de la Cornouaille en était à ses balbutiements au V°s ;
- 2. que le christianisme fut implanté par les Bretons suivant le modèle de l’église celtique ;
- 3. que la réforme carligienne du IX°s. fut l’oeuvre de Corentin et Gradlon Ploneour avec le soutien des princes de Bretagne.

II. LA FORMATION DES PAROISSES PRIMITIVES (V°-VII°s)

On se perd aujourd’hui encore, faute de sources, sur les conditions de l’émigration bretonne en Armorique mais il semble qu’elle ait répondue à deux préoccupations :
- d’une part , les pressions exercées sur une Bretagne livrée à elle-même pour sa défense par les SCOTS (irlandais) à l’Ouest et les Germains à l’Est ont poussé à l’exode d’une partie de la population ;
- d’autre part, l’implantation en Armorique par les autorités roùaines défaillantes de colons-soldats, les Lètes bretons, chargés d’assurer la sécurité des côtes menacées par les Saxonx et les Frisons.

Ces Bretons, issus pour l’essentiel de Cornouaille et du Pays de Galles, étaient chrétiens et s’organisèrent sur leur terre d’accueil en paroisses baptismales, les PLOE- (dérivé du latin "Plebs") au nombre de 5 dans le haut pays bigouden :
- Plebe Castelli (1223) : la paroisse du castel (camp gallo-romain)
- vicaria Demelt (v.1050) : le vicariat de Demet
- Ploedrozic (1247) : la paroisse de Drozic
- Ploezven (1325) : la paqroisse d’Ozvan
- vicaria Eneour : le vicariat d’Eneour

Ces 5 paroisses primitives relèvent du Pagus Cap-Caval (futur doyenné) et intègrent divers foyers de peuplement cvils ou religieux reconnaissables à leurs racines toponymiques :
- Guiler (dérivé de "vicus") et Peumerit ("Pomaretum", le verger) conservent le souvenir d’un fundus gallo-romain.
- Les "Tre- désignent un lieu habité, un hameau comme Trebeven, Tregonguen...
- Les "les-" font référence soit à une "aula" seigneuriale comme dans Lesnarvor, Lesmadec ... soit à une limite (Lespurit, Lespoul...) ;
- Les "Lan-" conservent le souvenir d’un lieu consacré , d’un ermitage (Landudec, Lanpaban, Languidou, Lanvern...)

III. LE DEMEMBREMENT DES PAROISSES PRIMITIVES

Les 5 Ploe- du haut Cap-Caval se partageaient un territoire étendu à l’occupation alvéolaire et au finage mal défini. L’éloignement du centre baptismal, le cloisonnement de l’espace, la pression de l’église romaine et du métropolite de Tours pour que disparaisse tout particularisme de l’église celtique, tout cela concourut au démembrement des paroisses primitives en unités plus restreintes, probablement à l’époque carolingienne suite au déplacement de l’évêché de Locmaria à Quimper et de l’entretien entre l’abbé de Landevennec et Louis le Pieux (818). Si Guiler demeura rattaché à Mahalon et Gourlizon à Pouldergat, d’autres territoires acquirent leur autonomie au dépens de la paroissse-mère. Tels furent les cas de Landudec, Lababan, Treogat, Peumerit. Lanvern , prieuré de Landevennec ne devint paroisse qu’au XIV°s.

IV. LES BENEFICES MONASTIQUES

Le cartulaire de Landevennec qui remania au milieu du XI°s. des chartes anciennes, quitte à commettre quelques faux, permet d’avoir quelque idée du patrimoine de l’abbaye cornouaillaise dans le Cap Caval. Ces dons furent pour beaucoup octroyés par les comtes de Cornouaille à l’époque carolingienne : Gradlon Ploneour (cité en 818/830), Aulfret Alesrudon (?), Gourmaëlon (913), Diles Huerguer Chebre (’946/952), Budic Bud Berhuc (1008/1031). Ils concernent une quinzaine de lieux-dits en Plozevet (Caer Uuenheli, Caer Dabat), Lababan (Caer Meneuc), Pouldreuzic (Che...gueleu), Plovan (Lesnauuor, Caer Pilau), Peumerit (Caer Mehin, Caer Scoeu), Ploneour (Tnou Laian, Caer Bullauc, Tref Iulitt)... Les feuillets manquant du registre devaient partiellement concerner le prieuré St Philibert de Lanvern dont l’origine doit être en rapport avec cette relation du "Liber Miraculorum Sancti Maximi" (X°s.) " : Il (= Benedic, évêque vénérable venant de chez les Bretons) avait eu un oncle (plutôt un grand-oncle) du nom de Gradlon, qui avait été seigneur très puissant chez les Bretons et qui, laissant là les pompes du siècle, s’en vint, mû par la grâce de la conversion, au monastère qui porte le nom de l’île Héri (= Noirmoûtier)". Cette implantation du mythique Gradlon Ploneour aux bouches de la Loire devait aussi à voir avec les incursions des Vikings qui allaient désorganiser la Bretagne durant les IX° et X°s et la priver de ses élites religieuses (exil des moines de Landevennec en 913) et civiles (Diles Heirguer Chebre = Diles l’exilé de Cambrie).

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