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Publié : 16 août 2011
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HISTOIRES D’AQUEDUCS à TREOGAT

Assurer l’irrigation de la zone de palud en été, éviter qu’elle soit inondée en hiver et barrer la route à l’eau de mer, autant de problèmes que la construction qu’un aqueduc aurait pu résoudre. Oui mais c’était sans compter avec la force des éléments peu enclins à se laisser dominer facilement.

A la fin du XIXe siècle, du côté de l’étang de Kergalan, un ingénieur agronome entreprit de défricher une parcelle de palud envahie de roseaux avec l’intention d’y créer des cultures maraichères.

Mais, toute la zone de palud se trouvant en contrebas du niveau de la mer, le cordon de galets d’une bonne hauteur à l’époque faisant barrage, l’eau s’accumulait dans les étangs et provoquait souvent des inondations. Il eut alors bientôt l’idée de construire, à ses frais, un aqueduc qui traversait le cordon. A marée basse, l’ouverture des vannes permettait l’écoulement de l’eau en surplus directement sur la plage ; restées fermées par temps sec elles permettaient l’irrigation de ses plantations. Mais c’était sans compter avec la force de la mer roulant inlassablement des galets destructeurs. L’aqueduc n’a pas tenu, le maraîcher s’est retrouvé ruiné et la roselière s’étendit à nouveau sur les bords de l’étang.

Le vent de la rumeur rapporte une toute autre histoire. Les éleveurs de Plovan qui menaient leurs troupeaux paître dans les parages ne décoléraient pas à l’encontre de ce novateur qui contrariait fortement leurs intérêts. En effet, les prairies naturelles exigent une humidité constante ce qui n’était donc plus le cas. Un jour de grande marée, ils décidèrent d’ouvrir largement les vannes et l’eau de mer s’engouffrant sans ménagement endommagea à tel point l’édifice qu’il se révéla inutilisable.

Cette idée de canalisation de l’eau sur le palud refit surface dans les années 30/40 avec la création de l’ « Association de dessèchement des marais de la baie d’Audierne » constituée par quatre communes : Saint Jean Trolimon, Ploneour-Lanvern, Tréogat et Plovan. Il fut décidé de construire un ouvrage qui relierait les deux étangs à la mer. L’écoulement de l’eau ainsi régulé les pâtures restaient accessibles toute l’année. Par endroits des petits ponts permettaient aux animaux de se déplacer d’une parcelle à une autre. Les travaux interrompus reprirent après la guerre mais les propriétaires concernés, à qui on avait demandé une contribution financière, refusèrent de l’acquitter et le directeur de la DDE décida de les obliger à participer bon gré, mal gré, eux-mêmes à l’édification de l’ouvrage. Celui-ci a fonctionné une quinzaine d’années. Sa destruction, cette fois encore, fut l’œuvre de la mer. En 1966, consécutivement, une grosse tempête et deux grandes marées en eurent raison. Depuis, il reste un canal qui relie les deux étangs et dont l’eau se déverse naturellement dans la mer. Naturellement ? Pas toujours. Périodiquement il a fallu s’armer de pioches ou utiliser la force des chevaux de trait pour pratiquer une ouverture dans le cordon. Il est arrivé aussi que l’eau fut accumulée en une quantité telle que la pression extrême fit littéralement exploser celui-ci à l’endroit le moins résistant. Mais, vague après vague, sable et galets sont entraînés et finissent très vite par tout reboucher. Actuellement c’est une pelleteuse qui se charge du travail. En fait il ne s’agit maintenant pratiquement que de creuser dans le sable car il ne reste plus grand-chose du cordon. Celui-ci a été outrageusement exploité au cours du siècle dernier (voir sur ce même site « Le cordon de galets de Plovan à Tréguennec"). Les marées ayant poursuivi le travail de sape, il n’en reste plus maintenant qu’une couche bien mince.

Plus de cultures, plus de pâtures, la nature a retrouvé tous ses droits mais quelques chemins permettent de visiter cet endroit redevenu sauvage (voir sur ce même site "La vie sur la zone de palud").